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Cueilleurs en résistance

Les plantes médicinales ne devraient pas être cultivées selon les méthodes de la culture intensive. On est à la recherche d’une qualité bio optimale voire sauvage puisque le but recherché est la santé. Il parait normal de privilégier les petites et moyennes exploitations où l’humain prédomine et non la recherche effrénée du profit maximum.

Image par Bruno /Germany de Pixabay – 

Cueilleurs en résistance c’est un documentaire où on perçoit la démarche de médecins, agronomes, agriculteurs en quête d’un équilibre entre cueillette et ressources en plantes médicinales au Maroc ou en France.
Avec l’engouement actuel pour les médecines naturelles, on en vient à parfois ne pas prendre compte le fait que les lieux où on va cueillir les plantes deviennent des zones fragiles et qui se dégradent sur le plan de la diversité des espèces botaniques propres à notre bien-être.

La médecine par les plantes c’est d’abord un marché qui rapporte beaucoup….Alors l’opportunisme, c’est d’aller dans la nature en se comportant comme des prédateurs sans avoir le souci de vraiment la préserver.

La médecine à base de plantes, dite naturelles est devenue un vrai phénomène de masse que l’on convoite.

Le marketing développe une idée simple : tout ce qui est naturel ou sauvage est forcément vertueux.
Mais cet essor pose des problèmes éthiques et écologiques. Les plantes séchées, huiles essentielles ou compléments alimentaires sont issus de filières dont les règles restent opaques. En fait, mis à part certains laboratoires sérieux et souvent artisanaux qui se soucie par exemple, de la durabilité et de la traçabilité des ressources sauvages ?

La défense d’une bonne herboristerie dans la tradition ancienne des herboristes est un sujet important sur le site Acteur-Nature. Notre ami Gilles Corjon, herboriste, professeur à “l’Ecole Lyonnaise des plantes médicinales” a rédigé sur ce site des nombreux articles sur les plantes médicinales.

Mais, laissons la parole au réalisateur:

La démarche de réalisation

Le réalisateur part à la rencontre d’herboristes cueilleurs, d’une médecin phytothérapeute ou encore d’un agent du conservatoire botanique du massif central.
Filmé en situation, sur son lieu de vie ou dans son univers professionnel, chaque intervenant livre face à la caméra son expérience, ses impressions et ses analyses.
Alternant témoignages, moments d’intimité et images naturalistes, le film conjugue le fond et la forme pour mieux laisser éclore la parole de personnages qui s’interpellent et se répondent à distance.

Entretien avec Julien Despres, réalisateur

Pourquoi ce sujet ?

“Je me préoccupe plus de ma santé qu’il y a quelques années et j’ai entendu de nombreuses critiques au sujet des médicaments chimiques. Je me suis naturellement intéressé aux soins par les plantes et j’ai commencé à soigner mes enfants avec des plantes et des huiles essentielles bio. Par la suite j’ai découvert que le monopole de la vente de ces plantes était détenu en France par les pharmaciens. Le questionnement autour de l’absence d’herboristeries en France a été le point de départ de mes recherches, mais mon travail a pris très rapidement une autre direction.”

Le thème est largement abordé dans les médias, qu’apporte ce film ?

  • “Généralement, les documentaires et les reportages sur ce sujet abordent à juste titre le monopole des pharmaciens face à l’herboristerie ou opposent la phytothérapie à la médecine conventionnelle. J’ai découvert avec ce film qu’il est tout aussi important de mesurer l’impact de notre consommation sur les plantes médicinales, qui restent pour la
    plupart sauvages. J’ai voulu donner la parole à ceux qui osent mettre en lumière les contradictions et les problématiques qui règnent au sein de la filière. Leur critique est retentissante. Ces herboristes, médecins, cueilleurs exercent une profession en accord avec leurs convictions.”

Comment l’avez vous conçu ?

Dans ce film je ne donne pas de chiffres, je ne remonte pas la filière d’un point de vue économique, je n’apporte pas de solutions précises. Je l’ai conçu comme une « humeur », un témoignage sensible. Nulle volonté non plus de proposer une vision exhaustive, j’assume les choix subjectifs de ne pas rencontrer les industriels, mais de prendre le temps de développer un témoignage complexe, de rendre perceptible l’univers de chacun des personnages. En me calant sur le rythme doux de la nature, j’ai voulu que le spectateur puisse avoir le temps d’assimiler et d’interpréter les messages que porte chaque témoignage. Je me suis appuyé sur des séquences où les personnages sont placés au cœur de cette nature qu’ils défendent et dans laquelle ils sont viscéralement ancrés.”

Pourquoi ces personnages ?

“J’ai choisi Thierry et Aline pour leur engagement et leur sincérité. Thierry est botaniste, cueilleur, herboriste, mais aussi formateur. Le respect des plantes et de la nature est au cœur de tout ce qu’il entreprend. C’est une façon de vivre, il n’y a pas de séparation entre ses convictions et son mode de vie. La transmission est pour lui la clé du savoir. Aline est médecin, phytothérapeute et anthropologue. Elle s’engage aussi dans des associations internationales qui œuvrent à la préservation des plantes médicinales. Grâce à son parcours atypique, elle a développé une vision particulière de la médecine qui lui permet d’envisager une maladie de façon globale et à l’aune du mode de vie de chaque patient. Pour Aline, pathologie et thérapie forment un ensemble indissociable.”

Comment avez vous fait vivre les plantes dans votre film ?

“Devant la caméra, j’ai souhaité que la plante soit un personnage à part entière. Filmée seule ou avec l’Homme qui l’observe ou la cueille, il fallait qu’elle vive à travers une grande variété de valeurs de plans fixes ou en mouvement. Mais, pour que cela ne vire à un descriptif botanique, j’ai délibérément évité tout plan macro. Chaque plante présente à l’image est filmée dans son contexte naturel, jamais isolée de celles qui l’entourent. Mes intentions de cadrages donnent l’idée que chacune fait partie intégrante d’une biodiversité locale avec laquelle elle interagit. Sur le même principe, la caméra accompagne les hommes et les femmes en les précédant ou en les suivant pour mieux les intégrer dans cette nature qui les préoccupe. Pour la plupart, ils l’observent, la touchent ou la photographient et entretiennent avec elle une proximité remarquable. Plus généralement, à travers ce parti pris de cadrage, j’ai voulu souligner notre relation intime et notre interaction permanente avec la nature. Enfin, j’ai choisi de réaliser des images drone pour prendre de la hauteur afin de visualiser la nature dans son ensemble et permettre un état des lieux global.”

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en réalisant ce film ?

“La notion d’équilibre ! Les plantes sauvages vivent dans un équilibre naturel, alors que l’intervention humaine crée du déséquilibre. Mais tous les déséquilibres ne se valent pas : il y a ceux violents et autoritaires générés par les monocultures industrielles, et d’autres plus doux où l’Homme accepte de laisser une place au sauvage. À l’heure où nos sociétés veulent tout standardiser, tout contrôler, mettre chaque élément dans une case, nous devrions nous inspirer de la dimension inclusive – où chaque élément coexiste et dépend du bien-être de son voisin – et de l’équilibre de la nature pour envisager des solutions écologiques et sociétales durables.”

Bon film

Acteur-Nature

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