Etonnant régime cétogène

cetogene_cancer_300Photo Thierry Souccar Editions – Il nous faut remonter aux années 1920 pour voir la naissance d’une thérapie assez surprenante mais extrêmement efficace: l’alimentation cétogène.
Celle-ci fut conçue à la Mayo Clinic en 1921 pour apporter un soin efficace aux épileptiques. Dans ces années-là, on n’avait à disposition que des

bromures et du phénobarbital, médicaments rudimentaires et aux effets sédatifs importants. Ce régime fonctionnait parfaitement; il tomba en désuétude avec l’avènement de nouvelles molécules pharmaceutiques.

La légende veut qu’un médecin ait constaté une nette amélioration de l’état d’une fillette épileptique, adepte d’une institution religieuse, lorsque celle-ci l’invitait à pratiquer le jeûne.
Suivant une première étude systématique de l’effet du jeûne sur les crises épileptiques, menée en France, un certain docteur Wilder, praticien de la clinique Mayo, eut l’idée de reproduire les conditions du jeûne sans réduire l’apport calorique de façon à ce que la diète puisse se prolonger. C’est en 1921, qu’il initie un régime comportant trois fois plus de lipides que de protéines et quatre fois plus que de glucides. En 1930, le docteur Talbot invente un protocole beaucoup plus près du régime cétogène proposé actuellement.

Ce régime tomba en désuétude, par le fait que l’industrie pharmaceutique, non seulement n’en voulut pas mais découvrit la phénytoïne en 1938, un antiépileptique autrement plus rentable pour elle.

C’est un père, reconnu internationalement comme producteur de cinéma américain, Jim Abrahams, (producteur du film “Y a-t-il un pilote dans l’avion”) qui en 1994 popularisa cette diète par le fait que son fils gravement malade et résistant aux antiépileptiques n’avait plus d’issue favorable. Il retrouva une abondante littérature des années d’avant guerre qui lui permit de comprendre qu’il n’y avait pas que les médicaments pour sembler apporter une solution. Il fit adopter une diète cétogène à son enfant à l’hôpital John Hopkins de Baltimore et le succès fut au rendez vous. Depuis, il fait la promotion de cette diète via une fondation au nom de son fils Charlie (qui est aussi le nom de l’association) et il a produit un film (“au risque de te perdre”) dans lequel jouait Meryl Streep.

Ces crises d’épilepsies réfractaires

Dans le cas de Sclérose de Bourneville , du syndrome de Dravet, celui de West et encore du mal myoclono-astatique, toutes pathologies difficiles à soigner, il semble bien que les effets soient confirmés. Lorsque l’efficacité est bien réelle, ce régime est alors proposé pour une durée de 3 mois à 2 ans, cela en fonction de l’évolution de l’enfant.

Cependant, il faut avoir en tête qu’il n’existe pas une forme d’épilepsie mais bien plusieurs. Leurs caractéristiques et le devenir des patients se traitent avec plus ou moins de facilité. Il ne s’agit nullement de penser que le régime cétogène soit la formule « magique » car ce serait réduire cette alimentation à une formule passe partout. Derrière cette maladie, il peut y avoir bien des cas particuliers donc autant de soins adaptés…

Ce régime marche aussi dans le cadre de maladies métaboliques

Il a été proposé pour lutter contre certaines maladies du métabolisme énergétique lorsque le transport du glucose et sa dégradation se faisait mal ou pas du tout. Ainsi, en 1991, on a découvert une maladie métabolique chez un enfant atteint d’encéphalopathie avec syndromes épileptiques, secondaire à un défaut du transport de glucose intracérébral au sein même des cellules du cerveau. Cette affection se nomme maladie de De Vivo, du nom du découvreur.
Cette maladie incurable ne connait qu’un seul traitement, le régime cétogène au long court, seul moyen de restaurer un apport énergétique cérébral suffisant.

Le régime cétogène a été utilisé dans certaines formes d’obésité ou pour certaines cirrhoses ( le principe est de forcer le corps à métaboliser la graisse totalement accumulée dans le foie)
C’est un espoir tout à la fois contre le cancer et la maladie d’Alzheimer.

Après avoir vraiment fait ses preuves à l’encontre de l’épilepsie même la plus rebelle, cette diète connaît un regain d’intérêt de la part de médecins et chercheurs en raison de son potentiel thérapeutique dans d’autres affections neurologiques comme la maladie d’Alzheimer, de Parkinson, et aussi de lésions d’accidents vasculaires cérébraux et du cancer.

En 2005 notamment, une étude belgo-américaine a posé l’hypothèse d’une amélioration de l’état de souris atteintes de la maladie d’Alzheimer( Van der Auwera, nutrition and Metabolism). Pour celles et ceux qui ont besoin de références scientifiques, voici un document solidement étayé : http://www.nutritionandmetabolism.com/content/2/1/28

C’est le sucre qui est le grand responsable de nos maux

Nos cellules « déviantes » raffolent du sucre et de notre nourriture aseptisée revue et corrigée à la mode américaine. Il est un fait avéré : toutes ces cellules là ont une singulière manière de se nourrir, elles brûlent le sucre afin de se développer de manière anormale et exponentielle. Si les cellules saines brûlent le sucre en présence de l’oxygène du sang, il n’en demeure pas moins qu’elles savent parfaitement utiliser les corps cétoniques comme source d’énergie, travail que ne savent pas faire les cellules déviantes.

Absence de consommation de glucides, faible consommation de protéines et 90% d’apport en lipides, cela correspond à une présence impérative de corps cétoniques.

Lorsqu’on consomme très peu de glucides et qu’en parallèle on a une forte consommation de matières grasses, le foie fabrique alors une très grande quantité de corps dits « cétoniques » que le corps saura utiliser comme source d’énergie pour les cellules saines.

Le régime cétogène n’a aucun point commun avec celui de Dukan et d’Atkins . Le fait est que seules les graisses sont favorisées dans ce cadre là et non les protéines comme on les rencontre dans ces deux types d’alimentation. Les protéines prises en grande quantité ne se métabolisent pas de manière correcte et sont responsables d’encrassement du foie et de délabrement des reins.

Ne pas confondre régime cétogène et acidocétose du diabétique.

En fait, les corps cétoniques ont mauvaise réputation parce qu’ils peuvent avoir des niveaux extrêmement élevés chez certains diabétiques. Cependant, il y a un tel écart entre les cétones trouvés en cas d’acidocétose et ceux trouvés dans un régime réduit en glucides (régime cétogène) que comparer les deux équivaudrait à amalgamer une inondation et une averse.

La cétose est souvent mal appréhendée. On assimile la présence de corps cétoniques à la dénutrition ou bien à un signe avant coureur d’un dysfonctionnement métabolique.

Sauf, si vous êtes diabétique de type 1 mal traité, contrairement aux mythes et croyances, les cétones sont une incroyable source d’énergie curative essentielle et indispensable dans toute nos cellules. Elles proviennent du métabolisme normal des graisses.

Les bases de ce régime

Les aliments sont classés en trois groupes de nutriments : les glucides, les protides et les lipides.

Dans l’alimentation du français moyen, les glucides autrement appelés hydrates de carbone, donnent l’essentiel du carburant au corps et surtout au cerveau. Les protéines sont les briques qui permettent d’assurer la croissance mais aussi une partie se transforme en sucre au cour du jeûne. Les lipides ou corps gras jouent un rôle primordial dans la formation de nos cellules dont ils constituent la membrane. Ce sont eux qui servent de carburant notamment pour les muscles, pour le cœur et pour le cerveau tout au cours du jeûne.

Le régime cétogène vise à reproduire l’effet physiologique du jeûne. L’organisme, en particulier celui de l’enfant, répond au jeûne en découpant les lipides au niveau hépatique afin de produire des « corps cétoniques » que le cerveau sait utiliser. C’est ainsi que, communément, l’enfant « fait une crise d’acétone ». C’est une situation assez courante après quelques vomissements.

En pratique, avec l’apport d’un régime cétogène, il y a réduction drastique de glucides qui sont remplacés par les lipides. L’apport en protéines est « au plus bas », le plus « juste » pour effectuer une bonne croissance

Le régime cétonique est-il vraiment idéal ?

Les corps cétoniques sont le véritable carburant idéal de l’organisme. Le glucose, quant à lui, est nocif, moins stable et excitant : il raccourcit par un usage abusif notre durée de vie.

Les corps cétoniques ne sont pas glycants, ce qui veut dire qu’ils ne « caramélisent » pas, phénomène qui fait oxyder et vieillir le corps. Une cétose saine affame les cellules cancéreuses car ces dernières ne savent absolument pas utiliser les corps cétoniques comme carburant. Les cellules cancéreuses ne pouvant croitre qu’avec du glucose.

Nos usines cellulaires, les mitochondries, fonctionnent de manière optimale avec une alimentation cétogène car elles peuvent « monter » le niveau d’énergie de manière performante et constante avec une combustion lente.

La diète cétogène augmente le rendement énergétique de nos mitochondries tout en réduisant la production de radicaux libres.

Un incroyable régime pour le cerveau

Avec le régime cétogène, il y a une forte augmentation de GABA. Ce corps a une influence relaxante essentielle et sa production est favorisée par la cétose. N’oublions pas que c’est le jeûne qui permet en un premier temps l’établissement de cétose. La grande révolution dans le domaine de la biochimie alimentaire est celle qui consiste à voir dans les lipides la meilleure source d’énergie mitochondriale cellulaire.
Pour le cerveau, l’énergie est fondamentale et depuis longtemps on pense que les hydrates de carbone en seraient le principal moteur.
Dans la perception de ce régime cétogène, il n’en est rien car lorsqu’on observe la quantité de déchets engendrée par les glucides au cœur des mitochondries , il est bien moins efficace de faire de l’ATP depuis le glucose que de faire de l’APT des corps cétonés ( l’ATP est l’énergie cellulaire)

Mais enfin, comment expliquer le formidable succès du régime cétogène a l’encontre de diverses maladies qui vont de l’épilepsie aux maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson) mais, tout aussi troublant, aussi les tumeurs cérébrales.

Voir ceci : http://newsoftomorrow.org/vie/nutrition/cancer-du-cerveau-guerir-avec-un-regime-cetogene.

Cependant, ne faisons pas du régime cétonique une panacée. Cela dit, rien ne nous empêche de formuler de véritables questions sur ce régime. Nous tenterons d’y répondre dans un deuxième volet portant sur ce sujet.

Roland Reymondier
Conseiller en produits de nutrition

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